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Surprenantes BD gratuites et (presque) pour tous ! ...... En direct depuis les tréfonds de la praxis.....

Un moment d'absence


Chers lecteurs, après tous ces mois de fréquentation constamment en hausse, je vous dois quelques explications au sujet de mon silence.

Pendant un certain temps (deux mois ? six mois ? un an ?), il est fort probable que je ne posterai plus d’article, ni de planche de bande dessinée – quand je vous avais dit que je ne la terminerais jamais, hein !

J’ai récemment rencontré quelqu’un dont j’estime beaucoup le travail littéraire. Cette personne m’a suggéré bien des choses, entre autres de réécrire un roman, parce que ce roman le mérite, à ses yeux, et aux miens également.

Je m’y consacre avec une ferveur inouïe. Et j’en suis très heureux, même si cela est douloureux, laborieux et épuisant.

Votre compagnie me manquera. Pour ceux d’entre vous qui éditez aussi vos propres blogs, je vous promets d’essayer d’y venir de temps à temps.

Je laisse cet espace ouvert à tous, parce qu’il a toujours été dédié à ceux qui avaient la gentillesse d’y venir.

Avant cette saison du silence, si j’ai une dernière chose à vous écrire, c’est bien merci.

vendredi, 11 avril 2008 - 15:25 (CEST) Lien permanent | 0 commentaires
Une histoire de... p.68
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SCOOP

Les températures extrêmement basses que nous subissons ne sont pas dues à quelque caprice climatique.

Elles proviennent d’une installation technologique de pointe sise dans le nord du Québec.

Depuis que j’ai décidé qu’une guerre sans répit opposait la France au Canada (à la suite d’un différend personnel d’ordre littéraire), il m’incombe le devoir de sensibiliser le monde sur les traîtres attaques nord-américaines.

Un immense ventilateur, implanté en terre inuit, nous envoie ainsi de l’air glacial avec la complicité des Etats-Unis.

Pourquoi cette bassesse ineffable ? Par pures représailles contre le peuple français, coupable d’avoir majoritairement voté à gauche lors des dernières élections. Nos amis nord-américains ont opté pour une sanction qui n’ose même pas prononcer son nom.

Si vous regrettez ne point pouvoir profiter à bien de votre week-end de trois jours, vous savez à qui vous adresser, désormais.

Et puis, si, je vais très bien et je sais ce que je dis !

Tags: porky
dimanche, 23 mars 2008 - 17:53 (CET) Lien permanent | 1 commentaire
Message à Emmanuel Meirieu, metteur en scène
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Emmanuel Meirieu,




Tu présentes actuellement American Buffalo (de David Mamet), que tu as mis en scène, au lyonnais théâtre des Célestins.




Passeras-tu un jour sur mon blog, liras-tu le message que je t’adresse ? Probablement pas, le hasard faisant souvent mal les choses.




Je tiens seulement à raconter une petite histoire. C’est l’entretien que tu as donné à l’hebdomadaire gratuit Le Petit Bulletin qui m’a décidé à me rendre au théâtre, voir ta pièce.




Car je ne suis pas quelqu’un qui va au théâtre. A vrai dire, je n’y avais même jamais mis les pieds dans ma vie adulte – exceptée une représentation anglophone à Montréal, et pour la simple et radine raison que j’en avais gagné la place à l’occasion d’une sorte de concours sauvage.




Il me serait difficile de te dire pourquoi je ne fréquente pas le théâtre. Je peux toujours essayer de te dire comment. Enfant, chez moi, nous n’allions pas au théâtre – ni mes parents, ni mes grands-parents, ni personne. J’appartenais alors à une famille de petits fonctionnaires et d’ouvriers, perdus entre le Forez et le Pilat, parfois égarés jusqu’à Villeurbanne. Mes parents, anciens contre-cultureux (j’emploie ce terme avec affection), n’étaient pas frustes : notre bibliothèque était garnie, contenant Kafka, comme Joyce ou Jean-François Bizot. Mais, étaient-ce parce qu’ils étaient justement contre-cultureux dans une petite ville ligérienne ? Ils ne sortaient pas, ou peu, et leur univers culturel devait rester cloisonné dans notre maison. J’ai grandi dans leur méfiance innée d’ex lecteurs d’Actuel envers tout ce qui était culturellement officiel : assurément, le théâtre, public ou subventionné, en faisait partie.




Je dois aussi ajouter que, mes parents étant issus de familles ouvrières (dont une immigrée), nous entretenions malgré tout un certain respect pour le spectacle théâtral, mâtiné d’une humilité effarouchée. Résumons simplement que cela ne faisait pas partie de notre monde. Je me souviens d’une phrase de mon père, comme j’avais « vu » Lorenzaccio à la Comédie de Saint-Etienne avec mon lycée : « Ah mais, c’est sûr, c’est une belle chose à voir, le théâtre, les comédiens, l’œuvre qui se réalise en temps réel, dans l’éphémère, sous ses propres yeux. » Ses yeux, en l’occurrence, en avaient brillé, fait rare chez lui – toutefois, en dépit cette admiration où j’ai pu déceler un véritable amour intellectuel, il ne se déplaça jamais pour assister à la moindre représentation.

Chez mes amis, qui évoluaient dans le même milieu (sans la donne post-hippie, certes), c’était tout identique.




Notre divertissement, nos sorties, furent et restèrent le cinéma.




J’ai gardé, aujourd’hui, à vingt-quatre ans, ces réflexes sociaux avec une fidélité intacte. Bien qu’étant romancier, l’idée seule de me rendre au théâtre ne m’a que rarement effleuré. Tous comme mes amis, je suis smicard, et nos discussions ne se risquent jamais à aborder l’actualité des planches lyonnaises. Nous pouvons tout à fait parler littérature, cinéma, voire même d’arts plastiques… mais le théâtre fait résolument figure d’étranger dans notre vie culturelle (je regimbe à utiliser cette expression, induisant une séparation nette entre vie professionnelle et vie culturelle… tandis qu’à mes yeux, la séparation n’est pas censée être).




D’où mon intérêt, réanimé par ton entretien avec le Petit Bulletin. Tout à coup, un homme de théâtre m’interpellait par des termes qui auraient bien pu figurer dans mes discussions, nos discussions. « Moi, j'aime les losers, les perdants, ceux qui ratent toujours tout, du début à la fin. J'aime les textes qui parlent de survie, mais ce ne sont pas de problématiques très françaises. American Buffalo est un texte qui parle de pognon pendant 1h15 sur 1h30... La survie et le pognon... Je sais que ce sont des éléments qui ne passeront pas pour les spectateurs qui ne connaissent pas cette culture ou qui ne sont pas de ma génération. »




D’ores et déjà conquis par ton fond, je redoutais encore ta forme – et tu sus m’en guérir. Etant interrogé sur ce que tu reprochais au théâtre français, tu répondais : « Rien, je n'ai aucun problème avec le théâtre ! Le problème, c'est qu'en général, ce théâtre ne résonne pas en moi, ce n'est pas mon histoire que l'on raconte. Le théâtre contemporain, c'est Copi, Bernhard, ce ne sont pas mes problématiques. Je n'ai pas un problème avec la forme du théâtre mais avec le fond. » Toi, tu renversais ma problématique. Et si tu savais bel et bien raconter mon histoire, je braverais tous mes préjugés et me rendrais là où j’avais toujours pensé n’avoir rien à y faire. Audace que j’ai concrétisée (j’écris audace et beaucoup en ricaneront : mais je le soutiens, j’éprouvais du courage audacieux lorsque je réservai ma place à la très lissée billetterie des Célestins).




C’était là la première fois que j’allais aux Célestins. Si l’on m’avait dit que les propos bien sentis d’un metteur en scène m’inciteraient à aller au théâtre, j’aurais mis ma main à couper que ce ne serait surtout pas aux Célestins ! Est-ce un stéréotype partagé ou pas ? Je n’en sais rien. A mes yeux de Lyonnais, les Célestins sont le théâtre du retraité petit-bourgeois désireux de se payer un moment culturel accessible. Ou le théâtre du cadre et du libéral qui y trouveront un certain accomplissement intellectuel absolument pas politisé. Du classique, du rigolo, des vedettes. Le peu que je connaissais de sa programmation me confortait dans cette idée.




Le soir de la représentation, je me retrouvai à attendre, dans une sorte de café attenant à la salle, avec cinquante autres spectateurs. Et, parmi eux, je m’interrogeai sur ce que tu pouvais penser de ce public (puisque, en ce lieu encore, tes mots résonnaient, tes mots qui demeuraient ma seule motivation à être là). Des personnes bien mises et majoritairement âgées : ne faisons pas dans l’euphémisme, je maîtrise assez bien les codes vestimentaires (conscients ou non), pour avoir été certain que bien peu de prolétaires, de travailleurs, de petites gens et de smicards se trouvaient à mes côtés. L’endroit en lui-même (le bar L’Etourdi) ne me porta guère à me sentir à l’aise. Canapés, élégantes tartines de crevettes, vins à la carte et décor chic : je commençais à regretter ma téméraire décision ! Une chose m’impressionna. En écoutant les conversations fuser autour de moi, je constatai que la plupart de tes spectateurs ne savaient même pas ce qu’ils allaient voir. Ils étaient abonnés et, apparemment, allaient au théâtre comme d’autres vont au cinéma : pour combler une soirée devant un divertissement. On découvrait donc, à quelques minutes des trois coups, qu’allait être jouée American Buffalo, dont le sujet était la préparation d’un cambriolage à Chicago… Suis-je une exception pour en être choqué ? Suis-je floué par la démesure existant entre ma propre démarche pour assister à ta pièce, démarche pleine de réticences et d’efforts, et le naturel flegmatique dont faisaient preuve ces gens ? Me trompé-je en décelant à cette dernière attitude (comme on pourrait le déceler à la mienne) un élément anormal et irrespectueux ? Je l’avoue, je n’en sais rien.




Je m’interroge, je l’ai dit, sur ce que tu en penses. Laisse-moi t’assurer que je n’insinue rien de réprobateur. Accepte seulement ma curiosité. Il y a quelque chose d’incompatible entre des abonnés bien lotis qui s’offrent un standing culturel et une pièce qui parle de survie et de pognon. Ne crois surtout pas que je t’accuse de trahison, car je suis convaincu que toutes les scènes, toutes les places, d’expression sont bonnes à prendre. N’empêche. J’aimerais connaître ton sentiment.




Tout ça pour te dire que tu m’as fait aller au théâtre.




Avec toute ma reconnaissance,



Stoni.







Parlons travail - Une histoire de... p.67
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En réponse à ce commentaire anonyme de mon dernier article Le matin du printemps (que de sentimentalisme) où je relatais mon quotidien en période de chômage technique :

« Ezekiel versé 24: "Tu ne te lamentera pas le jour chômé". A la lecture de ton "versé" satanique on se pose la question: délectation du temps qui passe ou paresse malheureuse de l'inactivité?

Bref, toi, Stoni, chantre du travail comme valeur définissant l'homme ( et pas comme "l'autre" qui y fourre tout un tas d'idée + ou - nauséabonde), exprime toi clairement: savoure tu, à la manière d'un proust dégustant une madeleine (celle de carrouf sont délicieuses...), ou alors étrangle tu ta colère de cette employeur qui te précarise et qui décide malgrè toi de ton rythme de création? »



Cher Anonyme,



Comme tu t’en doutes probablement, la vérité est un amalgame douloureux (cet adjectif, je l’expliquerai plus loin) des deux réponses que tu as avancées.



Soit, dans ma paresse malheureuse de l’inactivité, je me délecte du temps qui passe – et surtout de mon temps libre.



D’abord, il serait important de te spécifier comment sont introduites ces périodes de chômage technique.



Mes employeurs me fournissent du travail d’une semaine sur l’autre. Ils peuvent m’appeler la veille du lancement d’un nouveau sondage, comme ils peuvent m’appeler trois mois auparavant. Mon planning dépend de leur activité : et si n’est prévu aucun sondage, me voilà condamné à rester chez moi.



Ceci posé, suis-je réellement un « chantre du travail » ? En effet, tel la plupart des marxistes, je conçois le travail comme définissant l’Homme. (Quoique le terme marxiste ne soit peut-être pas si bien adapté qu’on ne le croit : cela induirait que ma philosophie se base uniquement sur les écrits de Marx, alors que, depuis Marx, bien d’autres penseurs ont développé la pensée communiste).



Alors, parlons travail !



Pour faire simple, j’accorde une valeur fondamentale au travail parce qu’il marque le point de départ de l’histoire et, de ce fait, il est la preuve concrète et matérielle que l’homme n’est pas un animal.



Pour être plus clair, permets-moi de citer Henri Lefebvre, citant lui-même Marx :

« Pour pouvoir « faire de l’histoire », il faut que les hommes puissent vivre, satisfaire leurs besoins élémentaires. « Le premier fait historique est donc la production des moyens permettant de satisfaire ces besoins, la production de la vie matérielle ; et c’est là véritablement et un fait historique et une condition fondamentale de toute histoire, qui doit s’accomplir aujourd’hui comme il y a des milliers d’années, et à toute heure du jour, simplement pour que les hommes puissent continuer à vivre. »

En second lieu, le besoin satisfait et le moyen (instrument) de sa satisfaction suscitent de nouveaux besoins. A partir de sa première condition, on voit déjà devenir plus complexe l’activité sociale des êtres humains. La production de nouveaux besoins est le premier acte historique de l’homme social engagé dans des rapports sociaux.

Cet « acte » sépare l’homme de l’animalité, et cela concrètement, et non selon une définition abstraite. […]

Avant de se distinguer de la nature et des animaux par sa pensée (par une pensée théorique et abstraite), l’homme s’en distingue en fait et en action lorsqu’il produit ses moyens de subsistance au lieu de les recevoir de la nature, passivement. » (Pour connaître Marx, Bordas 1985)




Le travail reste le majeur accomplissement de la praxis (ensemble des œuvres des hommes, depuis l’art jusqu’aux institutions). C’est d’ailleurs pourquoi j’ai intitulé mon long article sur mon expérience d’intérimaire en direct depuis les tréfonds de la praxis, car à la racine de la praxis se trouve le travail (sans travail, pas d’art, pas de société, pas d’institutions, pas de culture, etc.). Il me semblait d’autant plus écrire de profundis que j’abordais une sorte de travail dont on parle relativement peu (l’employé exécutif « précaire » du tertiaire) et encore moins à la première personne.



Nous communistes, refusons que des individus tirent un bénéfice du travail d’autrui sans devoir eux-mêmes travailler. Je résume là très brièvement, pardonne-moi. Notre projet de société est condensé dans ces mots de Gramsci, certes intransigeants : « l’Etat où qui ne travaille pas ne mange pas ». (J’ai retenu cette phrase, la trouvant violente, étant moi-même un violent refoulé : ce choix est typiquement personnel, je n’implique pas dans cet ultimatum l’ensemble des camarades, qui ont souvent la chance d’être plus diplomates que moi)



Anonyme, ton évocation de la valeur travail par l’autre qui y fourre tout un tas d’idées plus ou moins nauséabondes, donc par Nicolas Sarkozy (à moins que je n’aie mal compris), se montre pertinente. Je soupçonne maints Français de gauche de rejeter le concept de travail, avec pour argument l’emploi par Nicolas Sarkozy de ce mot, de cette valeur, durant sa campagne électorale (désormais, je le trouve assagi à ce sujet).

Comme tu le précises, un communiste et Nicolas Sarkozy ne se font pas les chantres du même travail. Si Nicolas Sarkozy est véritablement un chantre du travail, il est celui du travail exploité – sinon ne serait-il pas de droite. Un communiste peut se faire le chantre du travail, mais comme devoir social, afin d’enrichir le bien-être collectif.

Nous savons aussi que la droite n’a jamais manifesté beaucoup de scrupules à récupérer des valeurs de gauche, non par adhésion sincère, mais par simple intérêt politique. Tolérance, patrie, liberté, travail : « apanage historique de la gauche » (C. Mazauric) que les gens de droite ont tôt fait de s’approprier. Le contraire est moins fréquent, as-tu remarqué ?



N’étant pas Socrate, hélas, je me contente de le copier : voilà faite mon humble définition du terme essentiel de ta question – le travail – aussi puis-je désormais te répondre.

Savouré-je l’oisiveté contemplative permise par mon chômage technique, ou refoulé-je la colère d’être laissé pour compte par mes (sporadiques) employeurs ?

Eh bien, je tâche de trouver à savourer une situation qui me met en colère.



Je ne mentirai pas : il m’est agréable d’être chez moi, de ne pas surveiller l’heure, de ne pas me rendre dans un centre d’appel, de consacrer mes soirées tout entières à mon Aniki.



J’ai le temps.

J’ai le temps de purger mes tâches ménagères sans suer à les expédier au plus vite. Le temps de lire plus que ne le permet mon emploi du temps habituel. Je n’écris pas, en ce moment, mais je m’y dévouerais avec ferveur si l’inspiration me le permettait. J’ai le temps de dessiner les aventures de Fred et Porky (ma bd), aussi ! J’ai le temps de te répondre, et pour ce faire, de replonger dans mes bouquins afin d’y traquer la vérité. J’ai le temps de profiter du soleil, sur des berges du Rhône que je n’aime pourtant pas.

Or, ce temps-là, je ne l’ai pas demandé.



J’aurais mille fois préféré travailler, j’en avais d’ailleurs fait la sollicitation (inexaucée, tu l’as compris).

Puisque j’ai ce temps par défaut, autant y trouver un avantage.



Un avantage douloureux. Car, tu sais, j’ai honte. Honte de ne rien faire. Honte de ne pas travailler. Honte d’être chez moi, alors que mon copain rentre du travail à sept heures du soir au plus tôt. Honte de lui donner le compte rendu de ma journée : « euh, j’ai lavé les sols, j’ai lu, j’ai piqué une sieste et… » tandis que lui s’est démené sur je ne sais combien de chantiers pendant plus de dix heures d’affilée.



Je ne devrais pas me sentir si coupable.

Même si je ne faisais plus aucun sondage, je ne serais pas sans emploi pour autant.

Laisse-moi te le clarifier.



Mon cas est un peu spécial. J’ai deux activités laborieuses.

Mon travail d’écriture romanesque – non rémunéré, que j’aime, plus ou moins reconnu.

Mon travail d’enquêteur – rémunéré, que j’aime assez peu.

Beaucoup d’interdépendances conjuguent ces deux activités, bien qu’antipodales à première vue.

Mon vrai travail, c’est écrire. Je fais des sondages au téléphone car l’écriture ne paie pas – et il faut bien vivre, n’est-ce pas ?

Je me réalise par l’écriture, je mange par les sondages.

Parce que je consacre toute mon énergie à l’écriture, je ne peux faire autre chose que des sondages. Job sollicitant toute ma concentration contre job machinal de robot.

Il est aussi troublant de constater que la première de mes activités consiste à transmettre de l’information, et la deuxième à en collecter.



Je voudrais aimer mon travail rémunéré. D’ailleurs, pour faire dans la litote cornélienne, je ne le hais point. J’y trouve parfois du plaisir. Ne serait-ce que de travailler, en fait. D’être un tant soi peu utile.



Je me plains souvent de ne pouvoir gagner ma vie par mes seuls écrits. Cela ne se produira jamais, et quand bien même, je ne sais si j’en serais si heureux.

En tant qu’écrivain, je retire une grande satisfaction d’être ancré dans l’expérience du réel. Soit, de travailler pour une entreprise. Même s’il s’agit d’un travail ingrat, voire pas du tout noble. N’empêche, je suis inscrit dans les rapports de production. Et c’est ce témoignage du réel que je souhaite transmettre dans mes romans. Pourrais-je encore le formuler si je me cloisonne dans la fameuse tour d’ivoire du créateur isolé ? Puis-je encore prétendre écrire en direct depuis les tréfonds de la praxis si je ne me situe plus au cœur de la praxis – au travail ?



Tu le vois, m’expliquer clairement implique certaines contradictions.






Le matin du printemps - Une histoire de... p.66
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Pas de propagande, m’ordonne la reconnaissance que j’ai pour vous, mes lecteurs.




Pas de propagande aujourd’hui, m’indique la peur de vous lasser.




Pas de propagande – ce dernier mot est employé de façon ironique, je vous rassure.




Pas de propagande. Pas de propagande ? Quand l’heure est enfin à la victoire, quand le triomphe tend à la rareté, en ces temps obscurs ?




Pas de propagande ? Très bien. Alors je chanterai la joie.




Je chante la joie de la cigarette qui se balance au bout des lèvres. Quand le soleil intermittent des giboulées brandit son rayon dans mon appartement. Tandis que joue le disque vinyle : après qu’ait retenti le crachotement du diamant, effleuré de l'index pour le dépoussiérer, il glisse maintenant selon la noire spirale du sillon. Accompagné par les basses qui ronflent et vibrent via les haut-parleurs tenaces de ma vielle chaîne hi-fi. Alors que, sur l’étagère fixée au-dessus de mon bureau, est rangée ma dernière lecture – un livre de Michel Vovelle sur la déchristianisation. Un peu plus loin, traîne un roman de Jean Genet, puis un autre de Chester Himes. Sur mon bureau maculé par les feutres noirs (stigmates de ma bande dessinée), s’étend le journal mal plié, froissé, annonçant la victoire dès le premier tour de mes quasi voisins Maurice Charrier, Martial Passi et André Gerin. Le journal tout contre le cendrier, où, coincée dans l’une de ses encoches, se consume la cigarette.




Je chanterai la joie des après-midi de chômage technique, du matin du printemps et du lendemain des bonnes nouvelles électorales.


Tags: joie, elections, cigarette, tabac, livres, bd, disques, porky
mercredi, 12 mars 2008 - 17:30 (CET) Lien permanent | 2 commentaires

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