UN REGARD PARTIAL VAUT-IL MIEUX QU UN REGARD MYOPE ? Dans le doute, profitons d une expatriation au Japon pour écrire la fascination, jouer sur les idées, les images et les mots.--> Cliquez ici Répondre
Dans la communauté française de Tokyo, parfois certaines développent leur penchant pour la poésie de l'absurde.
Si j'étais un objet, je serais épuré
Si j'étais un animal, je serais mythique
Si j'étais une chanson, je serais gutturale
Si j'étais un fruit, je serais sanguine
Si j'étais une arme, je serais effilée
Si j’étais un oiseau, je serais migrateur
Si j'étais un air, je serais d'ozone
Si j’étais un jeu, je serais solitaire
Si j’étais un art, je serais abstrait
Si j’étais un breuvage, je serais de thé
Si j'étais un élément, je serais isolé
Si j'étais un végétal, je serais effeuillé
Si j'étais une saveur, je serais amère
Si j'étais un bruit, je serais sourd
Si j'étais un climat, je serais lénifiant
Si j'étais un loisir, je serais inavouable
Si j'étais une pièce, je serais secrète
Si j'étais un véhicule, je serais maquillé
Si j'étais un adverbe de lieu, je serais ailleurs
et si j'étais un livre, je serais annoté
....
En réponse à un message laissé sur mon blog le 25 mars par la revue littéraire en ligne L'Effeuillée - message que je n'ai découvert qu'hier et sans doute trop tard :
un portrait chinois pour une expatriée passée du Japon à Hong-Kong
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Cécile DUPIRE
ItinErrances franco-japonaises - au pays du soleil rouge
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Les textes de ce blog ont été entièrement retravaillés et protégés.
Je suis à la recherche d'un éditeur.
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Au pays du soleil rouge by http://fr.360.yahoo.com/celle_ci_empire est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
vols paris Caverne de Platon ou caverne d'Ali Baba, l'antre d'Ikebana se laisse découvrir aux environs de Yotsuya. Yostuya Sanchome, exactement, non loin du musée des pompiers.
Des formes en céramique s'entassent sur des étagères et sur le sol. Pas de mise en valeur, des monticules hétéroclites, des couleurs qui hurlent ou bien font grise mine. Ce ne sont pas des vases, ce sont des récipients percés de trous, gonflés de bosses, grumeleux ou lisses, irréguliers ou stricts que l'on souhaite étanches. Seule la sensation de celui qui les touche, les tourne et les contemple, en acquiert les caractéristiques et les aspérités, en valorise les impuretés les fait sortir de ce statut d'ombres un peu ternes et imparfaites. Seule une appropriation individuelle dans un concept de bouquet, dans une alliance épurée du vase et des fleurs, dans une construction sur un espace restrint et dans un temps réduit leur redonne une nature et une réalité. La sensation s'acquiert, les projections sont inépuisables et éphémères.
Accession difficile à une connaissance et à un type de goût, mise à l'écart de ce que nous maîtrisions, les références sont modifiées, nous sommes au Japon. Maïeutique délicate aux bons soins du sensei et des pérégrinations du disciple à travers les méandres de l'esthétique japonaise, nos fils eux-mêmes parfois s'y perdent et cuisinent des lasagnes dans vase moribana qu'ils confondent avec un plat à gratin. Le vase détourné explose dans le four, laissant les adolescents incertains quand à la stabilité du monde de leur mère... Une nouvelle expérience ou une désillusion.
Quoi de plus déroutant, en fait, qu'un vase d'ikebana à l'oeil occidental néophyte, si ce n'est une poterie de Bizen cabossée et terrienne spécialement conçue pour la cérémonie du thé ? Mais un jour, le monde des perceptions se modifie et l'on se découvre une sensibilité profonde à ce type d'esthétique. Alors pour nous, et peut-être pour nous seuls, le vase d'ikébana acquiert avec son potentiel une beauté nouvelle. Mais souvent le regard visiteur nous demande incrédule si ces poteries sont faites pour le rebut, comme ces assiettes japonaises traditionnelles épaisses et grises ou ces tasses déformées aux couleurs brunes et aux dessins indéfinis - puis il trouve sa réponse, constatant étonné et soudain muet qu'il faut y mettre le prix et que les nombreux amateurs existent. Cette esthétique pourtant doit exister en lui, nous finissons tous par la trouver, mais le séjour est parfois bien trop court, les certitudes souvent bien trop ancrées, les yeux et les mains trop peu habitués à sentir la force d'une matière et la beauté des irrégularités. Le visiteur achètera finalement un vase comme souvenir, mais cette poterie traditionnelle sera blanche couverte de motifs bleus. Un oiseau sur une branche en fleurs, conforme à nos clichés.
Nous qui évoluons sans enjeu dans cet apprentissage, lentement, à tâtons et sans certitude, avec nos critiques et nos refus, nos retours en arrière, notre désintérêt soudain et nos découvertes sur nous mêmes, l'antre d'Ikebana devient finalement un repaire de brigands plein de retenue mais en phase de pillage. Et progressivement, au fil des coups de coeurs et des acquisitions, l'Ikebana installe chez nous des ramifications.
Une caverne d'Ali Baba pour qui a le sésame d'un nouveau regard qui s'éduque lentement...
Ou pour qui croit l'avoir.
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Cécile DUPIRE
ItinErrances franco-japonaises - au pays du soleil rouge
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vols parisLes photos de groupe relèvent d'un rituel distrayant, un spectacle auquel on assiste avant de proposer de l'aide, mais rien n'égale celles du Japon qui tendent à correspondre à l'image que l'on s'en fait : le cliché véhiculé par les cars de touristes japonais déferlant sur Paris, mais aussi sur Kyoto ou dans n'importe quelle ville à grand potentiel touristique serait donc fondé. Devant un point célèbre, le groupe petit ou grand attend patiemment que la place se libère et pose, au bon endroit puisque chaque point de vue est étudié. C'est un défilé calme et délicieusement prévisible. Le regard passe alors par la lentille de l'appareil photo : les vacances sont courtes, il faut des souvenirs palpables pour construire les autres, et ces souvenirs passent aussi par le lien au groupe. Les poses de groupe aux conventions de cosplay relèvent, elles, du tableau vivant où chacun y trouve son image.
Au Japon, encore plus qu'ailleurs les poses se préparent, la main droite se dresse, l'index et le majeur forment le V de la joie et la bouche prononce dans un bel ensemble exemplaire un "cheesu" crémeux de sourire uniforme et garanti. Le résultat doit être parfait. Chacun veut être sur la photo de son propre appareil, bien intégré dans le groupe d'amis. En France, on fera le contraire, chacun prendra les autres, mais regrettera de ne pas en être sur la photo et tentera de récupérer discrètement des clichés qui le mettent en valeur.
Quelle que soit la latitude, le photographe se sent exclu, doute du résultat produit par l'inconnu qui se propose pour le remplacer - son image est en jeu, il ergote sur le cliché fait par l'autre, le rejette avant de se tourner vers la technique, vers les règlages, et la recherche d'un pied télescopique stable. Ce pied, c'est le soutien qui peut le remplacer sans le mettre en péril. Le photographe fier et rassuré court retrouver son rang au sein du groupe qui lui offre son statut d'ami, de fils, de membre, en un mot d'intégré, toute sa dimension. Regardez donc comme nous sommes tous heureux, comme nous sommes harmonieux, nous allons tous si bien ensemble.
C'est avéré, le problème est universel. Serions-nous sommes tous lococentrés en mal de reconnaissance ?
Au pays du Gadget, la solution existe, le contraire serait surprennant. A chaque problème pratique, il existe une slution, fut-elle surprennante, mais en accord avec un sens du service que nous n'atteindrons jamais. De petite taille, trouvant sa place dans une poche de blouson, de pantalon ou dans un sac à main, adaptable à toutes les marques de bouteilles disponibles à moins de 20 mètres de vous dans un des innombrables distributeurs qui alimentent la ville, le bouchon qui fait pied vous apportera la preuve de votre place dans votre groupe sans interaction pénible avec le monde extérieur en la personne du quidam serviable mais imprécis qui passe. Vous conserverez votre place sans perdre la maîtrise.
Et comme nous sommes au Japon, cette merveille du narcissisme se visse sur une bouteille de thé vert à l'amertume inimitable qui donne son goût aux sensations.
Ma bouteille de thé vert toujours dans le sac à côté de l'appareil photo, me laisserais-je tenter par le bouchon miracle et si bien étudié ?
Il prend si peu de place, et sa gamme de couleur pourrait être assortie aux accessoires de mode, des chaussures au téléphone portable ou au sac à mains.
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vols parisUn clin d'oeil, une image, une phrase et l'envie d'être ce soir sommelière d'humeurs et de mots.
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C'est officiel et c'est désagréable : la saison des pluies a commencé, avec ses typhons bègues ou fanatiques qui retournent toujours sur les lieux de leurs crimes, son ciel lourd de rancoeurs qui couvre les buildings et sa blancheur masquée comme dans une fumée.
Alors, nous partons à la recherche d'une autre source de lumière pour diluer l'humeur qui se pétrifie : comme des cristaux solubles dans la liqueur blanche, l'humeur fond doucement, se bonifie et se teinte de parfums du pays du soleil rouge surtout lorsqu'il se cache - un peu d'ombre, un peu de prune et un zeste de yuzu en touche personnelle et expérimentale.
Certaines d'entre nous ont été prévoyantes et sortent alors de leur placard ou de leur cave la bonbonne d'umeshu préparée l'année dernière au début de la saison des pluies.
L'umeshu est un alcool de bonnes femmes que les hommes occidentaux, élevés dans le sucre, adorent, à la grande honte des Japonais qui sortent parfois avec eux et perçoivent le sourire entendu des serveurs.
Une journée de femmes pourvoyant à l'humeur d'umeshu ressemble aux journées de confitures de l'enfance, toutes autour de la table à nettoyer les fruits, à les essuyer, les équeuter, peser le sucre, verser l'alcool et visser le couvercle des bocaux. Au pays du soleil rouge comme dans nos campagnes ou dans les pavillons de banlieue.
L'umeshu ne se boit pas seul, mais se partage, comme les conversations, comme sa préparation ou comme sa recette.
Matériel et ingédients :
De la réalisation à la dégustation :
Bienvenue dans un monde d'alcoolisme mondain qui s'imprègne de local, en extrait une saveur mais ne perce jamais rien. Bienvenue dans la communauté expatriée qui reste dans son bocal sans jamais toucher le fond, sauf lorsque celui-ci se tapisse d'alcool et se couvre de prunes rondes que l'on recyclera si l'humeur persiste en compote imbibée aux saveurs sucrées.
L'umeshu brise les barrières, ouvre les coeurs, attaque les cerveaux. L'umeshu accompagne la joie des conversations et comble l'ennui des autres. L'umeshu facilite les rencontres et annule les distances. L'umeshu accueille et l'umeshu console. L'umeshu aide à faire face aux tempêtes, aux angoisses et parfois à certains visiteurs. Une visite heureuse et l'umeshu la fête dans l'abondance. Une visite trop presante et la bouteille y passe, effaçant les paroles et les actes qui viennent, persistent et parfois s'installent comme la mauvaise humeur ou la saison des pluies.
Car la buveuse d'umeshu sait comme toute Japonaise à l'air sobre, sage et modeste que l'humeur sombre est soluble dans la liqueur de prune.
Kanpai !
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